Sylvie Verdière
Psychologue Clinicienne Psychothérapeute à Bois-Guillaume
Sylvie Verdière
Psychologue Clinicienne Psychothérapeute à Bois-Guillaume

La perte et le deuil

Par Sylvie Verdière
Psychologue Clinicienne
A Bois-Guillaume

Extrait du Mémoire de Recherche de Master 1 en Psychologie Clinique et Pathologique

Le syndrome spécifique de la femme conjointe expatriée: Registre de la perte et estime de soi

Soutenu par Sylvie Verdière

Définitions

On utilise deux verbes pour parler du deuil: être et faireEtre en deuil et faire son deuil, la deuxième expression sous-entendant un processus. Selon Anne Ancelin Schützenberger et Evelyne Bissone Jeuffroy, le deuil serait un "processus d'adaptation d'un individu au stress provoqué par une perte significative".

Le Grand dictionnaire de la Psychologie, quant à lui, définit le deuil en ces termes: "Etat de perte d'un être cher s'accompagnant de détresse et douleur morale, pouvant entraîner une véritable réaction dépressive et nécessitant un travail intrapsychique, dit "travail de deuil" (S. Freud), pour être surmonté".

Le deuil serait donc le résultat, la conséquence de la perte, cette dernière se référant plutôt à un état, alors que le deuil fait plutôt référence à un processus.

Sigmund Freud qui a entrepris en 1915 une étude comparée du deuil et du processus mélancolique écrit que "le deuil est régulièrement la réaction à la perte d'une personne aimée ou d'une abstraction mises à sa place, la patrie, la liberté, un idéal, etc."

Il est donc important de noter que le processus de deuil peut faire suite à la perte NON SEULEMENT D'UNE PERSONNE, MAIS AUSSI D'UNE ABSTRACTION OU ENCORE DE CHOSES MATERIELLES.

Les différents types de deuils et les différentes phases

L'approche psychiatrique distingue trois types de deuils (le deuil normal, le deuil compliqué et enfin le deuil pathologique) et divise le travail de deuil en trois phases qui sont la détresse, la dépression et l'adaptation. 

Selon le Grand Dictionnaire de la Psychologie, le deuil normal se  liquide assez rapidement en passant successivement par les trois phases pré-citées grâce "aux processus de désinvestissement, d'intériorisation et d'identification à l'objet disparu, de culpabilité puis de détachement final."  Les deux autres types de deuils entreraient dans le cadre de la pathologie psychique. Le deuil compliqué se caractériserait par "un blocage du travail avec prolongation de la phase dépressive, réaction au stress et passages à l'acte suicidaires particulièrement fréquents. Le deuil pathologique débouche sur la maladie mentale. Ses critères sont un retard dans l'apparition de l'affliction puis une prolongation de son évolution au-delà de deux ans et une menace réelle  sur la santé psychique."

La plupart des auteurs s'accordent à diviser le travail de deuil en quatre phases, même si la terminologie de celles-ci varie: certains parlent de quatre phases allant de la sidération à la réorganisation, en passant par le chagrin aigu (désorganisation) et le flottement, l'errance; d'autres qualifieront ces quatre étapes de choc initial ou véritable, puis de culpabilité, puis d'inconfort général et enfin de cicatrisation; d'autres encore ne parlent plus de phases mais de tâches et énumèrent chronologiquement: accepter la réalité de la perte, connaître la douleur de la perte, s'adapter à son environnement sans le défunt, donner une nouvelle place au défunt et réapprendre à aimer la vie.

Sylvie Verdière

Psychologue Clinicienne Psychothérapeute

Bois-Guillaume

07 86 47 35 69

Le travail de deuil: difficile dans la société occidentale

Le travail de deuil est rendu plus difficile par la société occidentale et par la disparition progressive des rites funéraires qui avaient une fonction sociale, permettant de se rencontrer autour de la tristesse. De plus, selon Anne Ancelin Schützenberger et Evelyne Bissone Jeufroy, "la société nous apprend à gagner, mais ne nous apprend pas à perdre." Elles mentionnent par ailleurs que la société occidentale ne nous aide pas en nous demandant de rester digne dans la douleur, de ne pas nous plaindre, de vite redevenir "comme avant" et en forme. Leurs propos rejoignent ceux du psychiatre et psychanalyste John Bowlby qui s'insurge contre le fait qu'on a tendance généralement à considérer qu'une personne normale et en bonne santé peut, et doit, surmonter son deuil à la fois rapidement et complètement. Marie-France Augagneur dénonce également le bâillonnement  des émotions"L'émotion déplace et dérange des éléments que les citoyens mettent tant de soin à garder dans l'ordre établi, ordre physique et mental, auquel ils attribuent tant d'importance. D'une part, le temps n'est pas prévu pour ce désordre dans le rythme toujours accéléré des organigrammes; d'autre part, qui d'entre nous sait composer avec ce mouvement dans le concret et le quotidien? /.../ La seule digue que nous sachions lui opposer est le silence dubitatif qui prépare la fuite /.../ Il en résulte que le sujet affecté est renvoyé à lui-même, déçu et alourdi d'une frustration supplémentaire."  Or, selon cet auteur, "il faut chercher à comprendre et laisser le flux couler à sa destination cathartique."

Sylvie Verdière

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Des pertes non reconnues par la société

Il existe d'autres pertes et deuils que ceux d'une personne défunte: "Toute expérience proche de la perte de quelqu'un ou de quelque chose de précieux peut entraîner un processus de deuil" nous dit Manu Keirse. L'auteur cite comme exemples la perte d'un projet de vie important, une espérance qui ne se réalise pas, une promotion ratée, la perte d'un emploi, une mutation non souhaitée, la fin d'une carrière professionnelle avec la fin d'un statut que cela entraîne, et estime qu'"on passe trop souvent à côté de la signification bouleversante de certaines pertes." Anne Ancelin Schützenberger et Evelyne Bissone Jeufroy, quant à elles, donnent l'exemple d'une rupture amoureuse, de la perte d'un ami, de son pays, de sa maison, d'un emploi ou la fin d'un idéal professionnel. Elles précisent que "dans tous ces cas, qui sont autant de traumatismes, nous perdons notre sécurité de base, nos rapports au monde changent et deviennent fragiles."

 Les auteurs rapprochent ces types de perte des "pertes non reconnues" par la société, pouvant par cela susciter la honte et empêcher le deuil; outre la honte qui peut empêcher le deuil, aucune coutume, aucun rituel ne donne forme à ce genre de chagrin. Selon Manu Keirse, "la notion de "perte non reconnue" met en évidence le fait que dans notre vie sociale, il y a des règles plus ou moins explicites qui spécifient qui peut être en deuil, quand, où, comment et combien de temps" et parle de "droit au deuil"D'après cet auteur, il y aurait trois raisons de la non-reconnaissance d'une perte: l'absence de relation connue, le fait que certaines pertes ne soient pas considérées comme des pertes significatives et le fait que dans certaines situations, on imagine que la personne subissant la perte est incapable d'éprouver le sentiment de perte.

Conclusion

Finalement, le registre de la perte est beaucoup plus large qu'on ne le pense et beaucoup de pertes non reconnues empêchent le processus  de deuil. Il est donc souvent nécessaire, face à un patient en souffrance, de vérifier (entre autres) s'il n'y a pas une perte de quelque nature que ce soit qui demeure étouffée et par conséquent non élaborée.

Sylvie Verdière

Psychologue Clinicienne Psychothérapeute

Bois-Guillaume

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